voilà déjà une semaine que je ne t'ai pas vue ma nini et tu vas tellement plus mal, c'est vrai que ce crabe qui te mange le ventre n'a pas fait la trêve des confiseurs, je te retrouve un peu plus fatiguée, un petit peu plus maigre, mais toujours avec ce beau sourire qui éclaire ton visage de déportée, il me parle ce sourire, il ne réclame rien, il affiche seulement ta conscience, ta clairvoyance de notre finitude, tu as l’air de me dire : - Ne t’en fais pas trop pour moi tu viendras bien me rejoindre aussi et tu verras cela n’est pas si difficile, les gens se font toujours un tel cinéma avec la mort mais c’est comme un toboggan il suffit de se laisser glisser tout doucement, c’est facile. Bien sur il y a la douleur qui te creuse les joues et qui vient te chercher dans tes derniers retranchements qui te fait espérer ne plus avoir de corps qui te fait regretter de ne pas être plus forte. Pourtant tu l’es forte, et je suis content de pouvoir t’enseigner la voie des yoga de l’esprit comment s’enfermer dans la maison du cœur et résister aux assauts de la douleur, tu me dis que quand tu es dans la maison du cœur il y a des flammes tout autour qui t’encerclent mais qui ne te brûlent pas, et je te réponds,  alors tu commences à percevoir comment l’esprit peut nous permettre de nous sauvegarder de la douleur. Pourvu qu’il te laisse le temps pour apprendre que la mort n’existe pas et que tout cela n’est qu’un passage vers un autre chez soi.