Je suis venu te voir dans cette forteresse de la souffrance que l’on appelle hôpital. A Paris ils sont encore moyenâgeux avec les escaliers bien sals et les courants d’air pour chasser le cafard. J’ai fini par trouver en te téléphonant une deuxième fois, la chambre ou tu attendais une éventuelle ponction du liquide tenace qui ne voulait pas quitter tes poumons. Quand je suis rentré dans cette grande chambre de caserne désaffectée, tu m’as souri et j’ai compris à l’instant que nous n’aurions pas besoin de parler pour nous comprendre. Ce jour tout était déjà dit par ce regard, ton attente de la guérison déjà envolée, ta souffrance toujours présente et ta capacité à vivre intensément les minutes de vie qui restent au sablier du temps.

Je suis venu m’asseoir près de toi sur le lit et puis j’ai pris une chaise à tes cotés, ma main contre ton ventre posée comme une pompe qui ravitaille en énergie de l’extérieur et nous sommes restés ainsi dans un silence entrecoupé de quelques phrases anodines pour communiquer de corps à corps, d’énergie à énergie, la douceur simple d’une amitié construite au gré de la rencontre et au fil de l’aide.