Tu es là face à moi, dans ce face à face plus proche de la rencontre amicale que de la consultation médicale. Voilà bientôt 12 ans que je te connais, notre rencontre débuta lorsque je travaillais dans une association pour toxicomanes et que tu avais echoué là, pour rencontrer des gens, pour être aussi comme les autres, les jeunes qui fument, ceux qui boivent plus que de raison ou bien qui utilisent la seringue comme ascenseur pour l'échafaud. Toi simplement tu avais perdu la raison et pourtant tu venais trouver une place unique dans tout ce petit monde en souffrance.

Tout de suite tu as montré ta différence, tu nous as enseigné que même si un homme possède un physique qui  peut faire peur la première fois, il peut susciter aussi une vraie tendresse chez les autres quand ils ont appris à le connaître. Tu parles par périphrases, tu n'utilises jamais les mots usuels pour parler, inventes des mots, tu crées tes propres images, tu surfes sur la sémantique et ton language possède la poésie du coeur et la déraison de la raison. Nous passons maintenant un petit moment tous les 15 jours pour partager l'humanité que l'on se reconnait. Un jour tu es monté affolé alors que tu n'avais pas de rendez vous car tu avais vu ma moto avec le rétro arraché et tu m'as regardé soulagé de voir que j'allais bien. Alors tu es reparti simplement heureux de la nouvelle.

A dans quinze jours, Alain mon ami.