IL ETAIT UNE FOIS UN PSYCHANALYSTE

"Côté cour /côté rue" réflexions au fil de l'eau sur mon intime et sur ma pratique professionnelle de psy humaniste psychanalyste,

27 février 2008

jean le journaliste psychotique

Oui la psychose est une maladie grave qui souvent petit à petit ou brutalement vous construit une réalité déformée, angoissante, persecutante. Le malade, non, justement l'humain englué dans cette toile de pathos se débat le plus souvent pour maintenir sa place d'Homme. Jean était journaliste connu dans un grand quotidien anciennement marginal, Jean a connu tous les bouleversements du journal qui est passé d'un journal militant à un quotidien du matin lu par des anciens, mais Jean tout au long de ces années n'a pas bien su allier modernité, réflexion sur l'art,  politique, son homosexualité, la haine de son Père, son désir de collectionner des oeuvres d'art en rapport avec le cirque, ultime manière probablement de vouloir mettre en scène sa vie, donner une valeur à cette vie faite de bric et de broc. Jean est maniaco- dépressif comme il se plait à dire lorsqu'il veut mettre une distance entre l'homme et le malade entre le médecin et l'homme avec lequel il parle. Je connais Jean depuis plus de 10 ans, la psychiatrie c'est aussi une affaire de temps et de patience à effacer le temps. cet après midi, Jean est de bonne humeur alors il me demande, en devançant ma question qui l'interpellera en tant que journaliste:"vous allez me demander ce que je pense de la situation internationnale?"

Et là à son étonement, je lui demande plutôt ce qu'il pense de Sarko et de son hyperactivité, il sourit et me dit: "il est comme un enfant qui ne supporte plus son jouet à peine reçu, il n'a pas l'air très heureux quand même." Je pense finalement que Jean, avec son vécu délirant, son collectionnisme intensif et une récente hospitalisation, comprend Sarko, dans sa même solitude de coureur de fond.   

Posté par phi88 à 20:50 - la galerie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


14 octobre 2007

Hé "Man" 2

C'est vrai que le Dimanche c'est souvent le jour de la famille et toi tu as tiré ta révérence.
Il y a maintenant 8 ans que tu as décidé de préceder nini dans ce chemin vers les étoiles nous laissant là seuls et un peu perdus. Ta personalité était solaire, tu imposais ta présence avec évidence, naturel et simplicité, lorsque tu nous rejoignais, nous tes enfants tous les mardi midi pour évoquer le quotidien et suivre nos vies respectives, tu arrivais souvent en retard. Mais lorsque tu nous retrouvais déjà atablés en pleine discussion, tu trouvais naturel d'accaparer l'attention par ta simple présence. La discussion immédiatement était centrée sur toi, que de séances nous avons eu tous ensemble dans ces mardi midi, le restaurant se transformait le temps de notre déjeuner en salle à manger familiale. iI y eut une longue période de psychodrame où chacun d'entre nous venait donner sa contribution à la souffrance collective et dans cette période un jour que l'on t'avait contrariée tu as saisi une carafe d'eau et tu l'a reposée sur la table si violamment qu'elle a explosé à grand bruit, et le personnel habitué à nos écarts émotionnels n'est même pas  venu nous demander ce qu'il se passait. Et puis, petit à petit la souffrance est partie laissant simplement notre plaisir de nous retrouver autour de toi, la cane et ses petits, une mère comme toi se vénère, elle a fabriqué trois enfants, deux psychiatres et une assistance sociale, la névrose cela a du bon aussi parfois.

Moi sur la terre aujourd'hui, vers toi dans les étoiles je t'embrasse Sarah

Posté par phi88 à 23:02 - la galerie - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 septembre 2007

Mon père, image dans le miroir(1)

Tu as été le grand absent de ma psychanalyse, ou plutot celui qui apparait dans les silences, les absences, les non dit, les trop de mer démontée, les pas assez de sens de la régle. Tu étais présent aussi dans mes retards aux séances, dans mes difficultés à dire sur le divan, probablement en écho à ton impossibilité à vivre en dehors du devoir que tu te fabriquais et que tu illustrais si bien par ton isolement social dû au travail et ta solitude de coureur de fond imaginaire.

La découverte de ton penchant volontairement immodéré pour l'alcool nous laissa longtemps sans voix.    Après un de tes séjours à l'hopital, nous tes enfants avions enfin osé prendre la parole pour t'exprimer notre inquiétude sur ta conduite et ton addiction, pour te témoigner notre amour et la volonté de te vouloir en meilleure santé.

Dans cette voiture que je conduisais et qui te ramenait à la maison tu nous annonça après un de tes longs silences dont tu avais l'habitude : "demandez-moi ce que vous voulez les enfants mais je n'arrêterai pas de boire"

Cette phrase qui résonne encore dans ma tête me fit toucher du doigt ta résignation face à la vie et la désillusion de ton histoire d'amour pour cette femme fantasque et immature qu'était ma mère.

A 20 ans, après 2 ans de brouille et d'éloigement je fis ta connaissance après tant d'années de cohabitation étrangère, enfin délivré de la lourdeur de cette enfance trop contenue qui me pesait tant. Je compris plus tard qu'à ce moment là je t'avais reconnu et choisi pour père, car grâce à cette distance que j'avais pu mettre, je pouvais enfin réaliser ma vie et sortir de cette colle malheureuse et tenace d'un destin familial et social imposé. 

Posté par phi88 à 22:31 - la galerie - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 septembre 2007

mon amie, the byke

ete_07_012

Toi qui a si bien suivi ma direction quand seul le gps choisissait à ma place  les départementales  pour descendre vers le sud et rejoindre le soleil qui avait déserté Paris, tu as répondu avec fidélité, précision à mes sollicitations de motard encore désireux de retrouver les automatismes de conducteur un peu oubliés par manque de pratique. Grace à ta magnanimité dans l'indulgence de mes maladresses  j'ai pu reprendre possession de tes 11O chevaux  légèrement énervés d'être laissés trop longtemps sans sortir et de m'avoir vu préférer le vélo, la marche ou la voiture pour aller travailler et rejoindre le bocal. Magique cette facilité que tu as de dépasser le camion qui nous gêne où la voiture indécise, merci encore à toi de m'avoir mis le vent dans la tête, vidé cette tête trop pleine et simplement fait rêvé en traversant la campagne française, le bac pour la corse et puis m'avoir enfin posé après 12 jours de voyage dans mon Vercors que j'aime après ces milliers de virages en tous genres que tu as su si bien négocier.

Posté par phi88 à 10:45 - la galerie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 juillet 2007

Bruno, tu gardes notre réalité

Un jour je t'ai remarqué dans ma rue, droit et débonnaire, tu regardais les gens avec bonhommie et insistance, dans cette tranquilité calme qui transforme un sans domicile en personne attentive. Tu regardais, tu t'intéressais à la vie de chacun, aux habitudes de tous, très vite j'ai remarqué que tu avais pris de l'importance dans ma vie et que j'étais un peu décu quand tu n'étais pas là dans l'immobilité de l'attente du geste du quotidien. Alors j'ai commencé à t'observer en retour et remarquer à quel point tu devenais important pour tous les gens de cette rue, chacun avait ses habitudes avec toi, un simple bonjour, un petit morceau de pain, ou bien une cigarette, un paquet, un euro, chacun de nous dans cette realité semblait tenir à ton attention, ta simplicité, ta présence, puis j'ai voulu en savoir plus, comprendre qui tu étais, Bruno tu m'as dis, je viens de l'est, d'un pays où il fait plus froid où les gens n'ont pas le temps de regarder dans la rue les autres gens. J'ai compris maintenant que tu possèdes la vérité de l'instant et que nous courons autour de toi pour essayer de vivre et d'oublier notre destinée

Bonne journée Bruno et à demain....

Posté par phi88 à 01:36 - la galerie - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 juillet 2007

Hé MAN 1

L'idée de faire un tableau de toi me semblait tout simpement impossible tant de facettes  il y avait à ton personnage, et puis j'ai repensé à Picasso qui faisait 40 tableaux avec un même modèle en changeant un regard, des couleurs et j'ai compris qu'ainsi il lui donnait vie.

Alors comment ne pas resister à faire le portrait n°1 de MAN comme je t'appelais, toi avec qui je pensais être en paix au début de ma psychanalyse, en répondant lors de ma première sèance à la question "et votre famille" j'avais dit moi tout va très bien je n'ai pas de problème avec ma mère même si elle semble en avoir avec moi et avec elle.

Mais voilà la psychanalyse nous fait découvrir l'histoire vraie ou plutôt celle qui construit nos névroses, notre souffrance à être. Alors man, j'ai compris à quel point tu étais importante pour moi, tu as occupé 6 ans de ma psychanalyse où j'ai découvert simplement que tu étais trop grande pour que j'arrive à te voir, ou bien que tu étais trop à l'intérieur de moi pour que je m'en aperçoive. Alors à raison de deux fois par semaine j'ai reconstruit notre vraie relation, notre lien indéfectible.

Tout au long de ces années, cette infinitude que je te portais se traduisait par l'impossibilité de mon inconscient de te representer dans mes rêves autrement que par des catastrophes naturelles, tsunami, mer en tempête, panthère sauvage en liberté...ect et puis grace à la psychanalyse après toutes ses années à faire face aux éléments naturels en furie, j'ai appris à te dompter en moi et tout simplement à t'aimer avec tes gros défauts et tes qualités immenses. J'ai compris qu'une mère cela se chérit et que nous n'en avons qu'une. Tu aimais les fleurs et un jour du 23 juin jour de mon anniversaire je t'ai offert un bouquet de fleurs en te dissant "bon anniversaire"

Tu m'as dit l'air étonné, mais non c'est à moi de te les offrir et je t'ai dit non,  j'ai compris que j'avais eu beaucoup de chance de t'avoir pour mère et que sans toi je ne serais pas là.

 

Posté par phi88 à 20:58 - la galerie - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 juillet 2007

Roland tu étais grand

Tu avais traversé la guerre, la grande, à pied comme un sapeur. Tu en avais gardé le goût de la vie qui est si difficile à préserver quand les obus pleuvent autour de toi, le goût de l'amitié dans le partage, dans le combat, le goût de désobeir aux ordres pour sauver les autres, pour sauver sa peau. Tu avais le goût de l'homme, de l'humain, du vrai du plaisir simple, de la clope à fumer dans le jardin.

Ce jardin que tu aimais tant avec lequel tu vivais au rythme des saisons, regarde pousser les plantes et tu trouveras la paix, tu enseignais. Tu étais contre toute guerre, toute idée de violence, pour la fraternité entre les hommes. Tu aimais répéter qu'il fallait croire en l'avenir, que même si j'étais un cancre et un vrai petit gosse insupportable pour mes parents, il fallait croire en moi et que j'épaterai tout le monde un jour.

Lui il avait confiance, il s'appelait Roland, c'était mon grand père . 

Posté par phi88 à 00:09 - la galerie - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 juillet 2007

mon Ami Alain

Tu es là face à moi, dans ce face à face plus proche de la rencontre amicale que de la consultation médicale. Voilà bientôt 12 ans que je te connais, notre rencontre débuta lorsque je travaillais dans une association pour toxicomanes et que tu avais echoué là, pour rencontrer des gens, pour être aussi comme les autres, les jeunes qui fument, ceux qui boivent plus que de raison ou bien qui utilisent la seringue comme ascenseur pour l'échafaud. Toi simplement tu avais perdu la raison et pourtant tu venais trouver une place unique dans tout ce petit monde en souffrance.

Tout de suite tu as montré ta différence, tu nous as enseigné que même si un homme possède un physique qui  peut faire peur la première fois, il peut susciter aussi une vraie tendresse chez les autres quand ils ont appris à le connaître. Tu parles par périphrases, tu n'utilises jamais les mots usuels pour parler, inventes des mots, tu crées tes propres images, tu surfes sur la sémantique et ton language possède la poésie du coeur et la déraison de la raison. Nous passons maintenant un petit moment tous les 15 jours pour partager l'humanité que l'on se reconnait. Un jour tu es monté affolé alors que tu n'avais pas de rendez vous car tu avais vu ma moto avec le rétro arraché et tu m'as regardé soulagé de voir que j'allais bien. Alors tu es reparti simplement heureux de la nouvelle.

A dans quinze jours, Alain mon ami.   

Posté par phi88 à 00:20 - la galerie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1