30 mars 2008
Ma Nini il y a un an déjà
Aujourd'hui l'ensemble de ta famille et de tes amis était rassemblé au cimetière autour de ta tombe pour le souvenir, pour la tradition, pour se rappeler que tous ensemble ont est plus fort que la tristesse, l'absurdité de mourir en pleine force de l'âge. Tes enfants étaient splendides , heureux de se sentir entourés, fiers que tu aies réussi à rassembler tout ce monde. La pluie était là elle aussi pour laver toute trace de désespoir, je te sentais là parmi nous, assurant le lien d'amour entre nous tous. Le rabin a récité les prières, ce fut court et en même temps, j'ai vécu cela comme une éternité, un lien fort réunissait tout le monde, et là selon la tradition j'ai ramassé un caillou, tout petit, tout lisse, tout blanc, un caillou qui semblait pour moi représenter notre relation et je l'ai déposé sur ta tombe. J'ai ressenti par delà les étoiles que tu étais là avec nous, le rabin a proposé que chaque évocation de toi, nous soit une bénédiction.
14 mai 2007
tu as rejoint ton étoile ma NiNi

Comme cette rose d'artifice te voilà maintenant dans le chemin vers ton étoile, hier moi au Népal, toi à paris tu as décidé de jeter l'éponge en fermant tes yeux pour les ouvrir vers un nouveau voyage.
NiNi a quitté son corps hier matin, entourée des siens. Merci à vous lecteurs qui avez partagé avec moi son soutien de penser à elle avec moi.
du Népal je vous embrasse philippe
06 mai 2007
Samedi du mois de Mai sur terre

Tu as dit aux infirmières que tu voulais me voir, moi qui attendais mon tour dans ta cuisine à discuter avec ton mari de la vie alors qu'elle s'est dénudée de tout ce qui nous permet de nous faire croire que l'on a d'autres choses à faire que de s'aimer, de comprendre les autres pour eux et de vivre l'instant présent.
Alors les infirmières qui te permettent de vivre tes derniers jours autour des tiens sont descendues prendre ma place dans la cuisine pour attendre que je te voie.
Pas besoin de parole, seul ton regard d'approbation pour m'inciter à rentrer dans la chambre et à prendre ma place à tes cotés sur le fauteuil, ma main dans la tienne. Je te propose de faire la visualisation de la piscine magique à l'eau couleur verte lumineuse, couleur des jeunes pousses d'herbe, une eau vivante, vivifiante, énergisante, et moi dans ma méditation je te represente en pleine vitalité à jouer et nager dans cette eau de guérison, couleur du soin. Je te sens appaisée, te recharger en énergie, moi je demande à la tara verte de te prendre dans ses bras et de t'apporter la réparation, avec cette mère cèleste, nous restons là 20 mn dans le silence du corps et la vitalité de l'âme.

04 mai 2007
mardi tu étais toujours là

Mardi tu étais toujours là, dans ta chambre a te battre avec ton oxygène tes doses de morphine à la demande et ton petit appétit qui ne te permet de manger que de l'eau et pour le reste c'est par les veines que l'on te l'administre. Temps d'échanges , dans un silence de vie après la vie, à samedi ma nini, je passerai.
25 avril 2007
tu m'as demandé de venir

Tu as demandé à ton mari de me téléphoner pour que je passe te voir.Tout juste descendu du train de mon Vercors sauvage je viens te visiter, toi si faible si transparente si translucide, haletante et assoifée de ton oxygène que ton appareil te dispense au maximun, je rentre dans la chambre et tu me dis un peu agacée mais aussi inquiète .
excuse moi, excuse moi.
je te demande de quoi et tu me dis : de t'avoir demandé de venir.
Non ce n'est rien, j'avais envie de te voir. Puis tu me dis, il est trop tard , je suis trop fatiguée, tu étais essoufflée comme après un 100 mètres.
je t'ai dit, on n'a pas besoin de parler, je reste quelques minutes, cela ne va pas te fatiguer plus.
Et je t'ai pris la main et j'ai fermé les yeux pour resentir ce passage de coeur à coeur. Tu m'as dit juste à bout de souffle:
oui c'est ta main que je voulais.
et nous sommes restés simplement comme cela dans le silence pendant un long moment, une demi-heure, puis je suis reparti sans parole.
12 avril 2007
nini s'enferme dans le silence

je suis venu te visiter à mon retour, heureux de savoir que tu restais encore parmi nous.
Tu te battais seule dans le silence refusant de voir la plupart du temps le gens, tu te débats seule face à tes fantômes. Tu m'as juste permis de te dire bonjour et je suis redescendu parler avec ton mari de la vie qui continue et du monde autour de toi qui s'organise malgré ta solitude que tu impose.
Lorsque je suis parti, ton mari m'a demandé sur le pas de la porte
-alors, quand elle est comme cela sans parler je fais comme tu m'avais dit je reste près d'elle je la touche sans rien dire. je lui ai dit
-oui c'est cela, c'est l'intention qui compte, le contact c'est aussi un dialogue de corps à corps.
à bientôt ma Nini, nous pensons à toi
20 mars 2007
merci pour ton soutien
Message commenté : Nini dans ta chambre tu ne veux plus voir personne
séparation et soutien
Sans doute aussi que ta nini t'aide à te séparer d'elle...
Je vous trouve tous les deux très beaux dans votre démarche et vous adresse mon soutien à tous deux.
nuagenlair -
Oui c'est vrai, tu as sûrement raison, il y a de l'amour de l'autre dans tout cela, celui qui part protège autant qu'il peut ceux qui restent.
18 mars 2007
Nini dans ta chambre tu ne veux plus voir personne
Samedi déjà tu n'avais pas répondu lorsque je t'avais comme d'habitude demandé si je pouvais venir, le silence du téléphone et chez toi l'annonce d'un repli sur ta douleur, ton horreur, ta peur du vide, je te sens paniquer devant le précipice et tu veux l'affronter seul en samouraï vaincu qui enfin veut affronter les monstres de la mort seul dans son ultime combat, dans son ultime défi. Je suis venu te voir malgré ton silence et lorsque ton mari a ouvert la porte de ta chambre tu nous as souris gravement en implorant notre attention, tu nous as simplement demandé avec difficulté dans ta tempête intérieure dans ton cyclone personnel,
- non je ne peux pas ?
-ton mari a précisé voulant être sûr que nous avions bien compris, tu veux être seule, te reposer, dormir?
-Et tu as souri en me regardant intensément, en me disant ces mots pleins de sens,
- Oui, ce n’est pas grave?
Je t'ai bien sûr rassurée en te répondant, non pas grave du tout, repose toi, je reviendrai. J'ai parlé avec ton mari, et il m'a dit comment nos entretiens t'avaient permis de trouver souvent du repos dans ta route pendant cette longue maladie. Je te laisse ce soir, mais j’ai le coeur un peu gros, quand même convaincu que dans ton combat de soldat que tu veux livrer seule avec l’énergie du désespoir, tu te rappelles que nous sommes tous reliés et qu’il suffit d'appeler pour que nous répondions présents instantanément.
11 mars 2007
Nini dans la vie, toujour avec nous
je suis venu à nouveau te visiter comme souvent le samedi, puisque la médecine a accepté que tu prennes ton envol de chez toi, de ta petite chambre si claire , au 6eme étage près du ciel. Tu respires bien, à bouffées d'air comptées, et ton sourire est toujours là, bien qu'un peu plus fixé que samedi dernier, pas de mots pour rien, économisons notre temps ensemble, la visualisation et la méditation que tu souhaites pour appaiser ta peur, ta panique profonde et désesperée de manque de vie à être. Je te propose de créer un mandala et de t'imaginer au centre, entourée par tes hommes de bien , Moîse, Isac, Jacob, Abraham, voici et nous restons comme cela en bonne compannie , je te sens plus en paix, tu as laissé la panique sur le quai de la gare, je te dis, ne te force pas, lache , ne te crispe pas, et tu m'as souri et tu m'as dit oui tu as raison, il faut que j'accepte et que je lache... à samedi Nini... si Dieu veut.
03 mars 2007
Dans ton centre de soins paliatifs, en haut dans ta chambre
Un peu ému j’ai sonné à la porte de ton appartement, un autre monde comparé à l’hôpital où je pensais que tu allais t’envoler, ta mère, sentinelle inépuisable m’a ouvert la porte, elle retrouve à tes cotés en permanence un peu de tes souvenirs d’enfance, dans son silence et sa désespérance à vivre tes derniers moments, elle resplendit de son dévouement et de son abnégation.
J’ai monté l’escalier jusqu’à ta chambre et en entrant je t’ai trouvé lumineuse et claire avec le regard de la vie et le sourire paisible.
Alors ta maman m’a apporté un café et nous a laissé seuls, et nous avons bavardé simplement de la vie, du temps, des enfants, de la religion hébraïque que tu aime tant, nous avons retrouvé l’espace d’un moment infini le cour de la vie, ce fleuve immuable qui nous emporte tous.
Et après ce moment simple, je t’ai demandé si tu faisais des visualisations en ce moment alors tu m’as dit tranquillement
- je suis plus méditation que visualisation en ce moment.
Alors je t’ai proposé de faire avec moi une méditation sur le corps, sur les deux places importantes que sont le 3 eme œil, centre de commande, tour de contrôle de l’esprit et le cœur spirituel situé au centre du thorax.
Et t’ai pris ta main droite dans la mienne et nous sommes partis d’esprit à esprit chacun dans notre centre, puis dans ce cœur vert et lumineux que tu utilises si bien.
Moment de communion intense avec le ciel.
Après ce moment de grâce, en ouvrant les yeux nous sommes restés en silence simplement en paix.
Puis tu m’as dit
- je voulais te demander, tu penses que cela les traumatise mes enfants de m’aider quand l’infirmière ou ma mère ne sont pas là et qu’ils doivent partager mes moments intimes car je ne peux plus me débrouiller seule.
- Oui je pense que cela les traumatise, mais je pense qu’ils préfèrent partager ta vie chez eux dans leur univers, que de te savoir seule à l’hôpital et rester spectateur de ta souffrance sans pouvoir rien faire.
Alors tu m’as dit
- oui je comprends, tu as raison, merci docteur.
Tu m’as répondu avec ton sourire qui occupe ton visage, petit visage sauvé aujourd’hui de la tourmente.